La chambre 212

Nous sommes mercredi, le 14 décembre 2011. Pour la première fois, je suis dans le sud de l’Ontario, chez ma tante. Peu de temps après notre arrivée, nous partons de Comber vers Tilbury, le village voisin.

Nous entrons dans un bâtiment de deux étages, bien entretenu. Dans une salle face à l’entrée, deux musiciens distraient un public tranquille. Il vient d’y avoir une panne d’électricité. Par prudence, nous empruntons l’escalier pour nous rendre au deuxième. Le large couloir est presque vide alors que nous nous y engageons. Comme nous arrivons sur le pas d’une porte ouverte, je jette un oeil distrait sur l’affiche, à gauche: « 212 – E. Paré ».  Edgar Paré, mon oncle, mari de Gertrude, la soeur aînée de ma mère. Je le rencontre pour la première fois de ma vie, alors qu’il est presque au bout de la sienne, dans un foyer d’accueil pour personnes âgées. Je n’ai aucune réelle idée de qui il est, ou même de ce à quoi il a pu ressembler dans sa jeunesse. Je me demande ce que l’on ressent, à l’inverse, quand on a presque 80 ans et qu’on rencontre pour la première fois un neveu. Franchement, je ne sais pas. Rien, peut-être.

Lucienne Lambert, ma grand-mère, seconde à partir de la gauche, décédée à 53 ans.

Pour ma part, je sais ce que je suis venu chercher: mon passé. En 2010, mon expédition de kayak m’a permis de reprendre contact avec mon présent. J’ai employé 2011 à ajuster le cap sur mon futur. Mais je me rends compte que si j’ai bien connu mes grands-parents paternels et que je connais l’influence qu’ils ont eu sur ma vie (je porte d’ailleurs le nom de mon grand-père), je ne sais absolument rien de mes grands-parents maternels. Quelques souvenirs évoqués par ma mère, orpheline de père à 3 mois et de mère à 11 ans. Presque 50 ans jour pour jour après le décès de ma grand-mère, j’ai envie de les connaître.

Des oncles et tantes. En bas, seconde à partir de la gauche: ma mère.

J’ai donc commencé à parler à mes oncles et tantes toujours vivants pour connaître la vie avec leurs parents. Le village de Girardville au Lac-Saint-Jean, la maison bâtie par mon grand-père juste avant sa mort. L’histoire de cette famille est lourde de tragédies. Mais malgré les peines et la pauvreté, je me souviens les avoir toujours entendus parler de leur enfance à travers les moments heureux qu’ils ont vécus. J’entends un amour qui ne se dément pas, même après 50 ans, pour une mère qui s’est sacrifiée pour que chacun de ses 11 enfants reçoive une éducation et possède les outils pour mener une vie plus facile que la sienne. Et, fait rarissime dans les familles pauvres du milieu du siècle, elle a gagné son pari: tous ses enfants ont reçu une éducation et ont eu accès à l’indépendance.

Je sais maintenant que je suis petit-fils d’entrepreneur. Je reconnais certains de mes traits de caractère dans les descriptions que l’on me fait de mon grand-père, et de mes oncles. Je reconnais ma grand-mère dans bien des traits de personnalité de ma mère. Une partie d’eux vit en moi.

Euclide Bluteau, mon grand-père, mort du cancer à 42 ans.

 

 

 

 

 

 

 

 

Je sors de la chambre 212 avec une conviction: 2010 fut l’année du présent; 2011 celle du futur; 2012 sera l’année où je réconcilierai les trois temps de ma vie. Mes grands-parents revivront à travers ma plume.  Je ne sais pas qui m’a fait cadeau de cet amour de l’écriture. Je sais par contre que j’ai l’intention de leur rendre justice. Que les sacrifices consentis pour garantir un avenir ne seront pas chose du passé.

Voici donc ma résolution de fin d’année 2011: mon prochain livre.

Bon temps des fêtes à vous, chers lecteurs. Prenez du bon temps en famille et rêvez de ce que 2012 devrait être pour vous. Le premier janvier, on commence à réaliser ces rêves!

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3 réponses à La chambre 212

  1. Janine Roy dit :

    Je prends un réel plaisir à lire tout ce que tu écris et d’une fois à l’autre tu m’émeut encore plus. Bravo Paul et continu. Ceux qui sont tes amis (es) sont chanceux d’avoir un ami comme toi. Passes de belles Fêtes et prends un peu de temps pour t’amuser.

  2. daoust veronique dit :

    Bonjour, je viens tt juste de prendre connaissance de ton site et je le trouve très intéressant.
    D’autant plus intéressant, que je connais très bien tte la famille Bluteau, de Girardville, étant allée en classe avec eux.
    Je ne sais s’il y a une suite à ton récit, si c’est le cas, j’aimerais vraiment la lire.
    Bonne chance dans tous tes exploits, qui semblent très intéressants.

    • Paul Lavoie dit :

      Bonjour! Oui, le livre est en écriture. C’est plus long que ce que j’aurais cru. Disons que c’est plus compliqué d’écrire sur ma famille que sur mes aventures, surtout que cette histoire n’est pas toujours rose, alors j’essaie de m’y prendre comme il faut. J’espère pouvoir le sortir en janvier prochain, à l’occasion du déjeuner familial des Lambert.

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