La main tendue

En cette fête des pères 2016, je me suis pris à penser à un événement qui s’est produit il y a plusieurs années.

Nous étions réunis chez mes grands-parents paternels à leur maison de la rue Dupré à Chicoutimi-Nord. C’était une chaude journée d’été, assez chaude en tout cas pour que la piscine des voisins de mes grands-parents soit remplie de mes oncles (les Lavoie, c’est 6 gars et une fille)… et de moi. Je ne saurais dire l’âge que j’avais à l’époque, mais j’étais assez jeune pour ne pas encore savoir bien nager et assez petit pour qu’une piscine hors-terre soit trop profonde pour moi.

Je me tenais donc tout en périphérie de la piscine, bien accroché au bord en aluminium, profitant de cette sécurité relative pour me laisser flotter sur les remous provoqués par les adultes qui jouaient autour de moi. C’est probablement une scène qui s’est produite des dizaines de fois dans mon enfance, mais celle-là, elle est spéciale. C’est la fois où j’ai eu l’idée de lâcher le bord et de nager. Naturellement, le fait que j’ignorais comment faire m’a frappé quelques secondes trop tard (ma tendance à être créatif dans les façons de me mettre en danger ne s’est jamais démentie…).lion cub

Objectivement, ce moment n’a probablement duré que 4 ou 5 secondes. Encore plus objectivement, j’aurais probablement pu retourner vers le bord en me laissant couler puis en me propulsant depuis le fond. Mais dans les faits, quand j’ai réalisé que je n’avais plus pied, j’ai paniqué. Je me suis mis à avaler de l’eau entre deux inspirations. Je me souviens m’être débattu pendant ce qui m’a semblé être des heures. Quand je réussissais à prendre mon souffle, la seule chose qui sortait c’était « Papa! Papa! » C’était le seul mot auquel mon petit esprit pouvait penser. Personne ne semblait m’entendre, comme si j’étais seul en train de me noyer dans une piscine bourrée de monde.

Puis une main m’a saisi par le bras et j’ai été soulevé hors de l’eau. Je me suis accroché à mon père de toutes mes forces. Il m’a ramené au bord de la piscine, j’ai repris en main la bordure en aluminium, il est reparti jouer avec ses frères et ce moment déterminant était fini.

Déterminant pour moi en tout cas, puisque je m’en souviens encore, 35 ans plus tard. Pour lui, c’était simplement samedi.

Un père, c’est la personne qui t’entend crier et te trouve au milieu d’une foule, même si tout le monde autour de toi est plus grand et crie plus fort. C’est une main qui surgit de nulle part pour te sortir de l’eau quand tu as fait une connerie. C’est aussi celle qui te replace à ta position de départ et te donne l’occasion de faire des choix différents. C’est cette personne qui t’aime assez pour vivre le stress de savoir que le pétrin, tu t’y retrouveras inévitablement un jour, ou dans deux minutes.

Bonne fête des pères.

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