Un exploit relatif

Avez-vous déjà rêvé d’accomplir un exploit? Être la première personne à descendre l’Everest en crazy carpet, marcher sur Mars, gagner le Iron Man, gagner un milliard de dollars?

Des exploits, il y en a autant à accomplir qu’il y a d’étoiles. Je ne pense pas me tromper en pensant que tout le monde a fantasmé sur l’un ou l’autre un jour. Cela dit, viser l’exploit au sens où on l’entend généralement n’est peut-être pas si sain. C’est même parfois une simple question d’orgueil.

D’abord, qu’est réellement un exploit? Le Larousse en donne une définition simple: action mémorable ou qui dépasse les limites ordinaires. Donc, ce serait une question de limites… Il y a certaines personnes, probablement que la plupart d’entre nous en connaissent au moins une, pour qui le simple fait de changer de marque de dentifrice est une aventure en soi. Un mur apparemment infranchissable. Accomplir cet acte est un exploit en soi, puisque la réussite semblait hors d’atteinte.

Pour certains, grimper l’Everest est l’aventure d’une vie, pour laquelle ils se préparent des années durant. Arriver au sommet est le plus grand sentiment d’accomplissement possible. Pour le sherpa qui l’accompagne, c’est une semaine au travail.

Aujourd’hui, si l’on me demande de partir faire une expédition de 500km en kayak le long des côtes du fleuve, je n’aurai certainement pas la même réaction qu’il y a, disons, six ans.

La première aventure solo que j’ai réalisée a été la traversée entre l’île Grande Basque et la marina de Sept-Îles, par beau temps. Sans exagérer, je peux affirmer que j’étais terrorisé. Requins, baleines, phoques enragés, saumons mutants, tsunamis, Godzilla, tout pouvait m’arriver dans cette infranchissable odyssée de… 4km. En arrivant à la marina, 40 minutes plus tard sur superbe fond de soleil couchant, j’ai réalisé que je m’étais inventé une limite. Me fixer un objectif court et visible m’avait permis de la faire tomber. Le parcours m’avait appris à prendre confiance et apprécier le moment.

Photo prise à l'arrivée de ma traversée depuis l'île Grande Basque

Photo prise à l’arrivée de ma traversée depuis l’île Grande Basque

J’ai recommencé l’année suivante en descendant le fjord sur 90km, randonnée que je voyais presque infinie en 2009 (il a fallu 4 jours) et que je fais maintenant en moins de 24 heures. En 2010, ce fut un parcours de 500km entre La Baie et Sept-Îles. 2011: Montréal-Chicoutimi pour 551km. En 2013, j’ai fait un parcours de 1100km en alternant le kayak et le vélo de route. Honnêtement, je crois que si quelqu’un m’avait dit, en 2008, alors que je m’apprêtais à pagayer jusqu’à la marina de Sept-Îles, qu’un jour je ferais ce genre de parcours, je lui aurais ri au nez. J’aurais ri et je serais allé m’assurer que ma marque de dentifrice était la même que d’habitude. Aujourd’hui, j’appelle ça un beau projet de vacances.

Le rêve peut devenir une barrière en soi s’il n’est pas ancré dans la réalité de la personne concernée. Les objectifs doivent servir à transformer les perceptions et à traverser l’inconnu petit à petit. Tout le monde n’est pas capable de se lancer dans une aventure grandiose sans franchir une série d’étapes préalables.

Surtout, ne dénigrez pas un projet qui vous semble trop petit pour être digne d’intérêt. S’il vous place en situation d’inconfort, si vos limites sont mises en danger, si vous devez vous lancer dans une portion d’inconnu pour le réaliser, ne le rejetez pas. Un exploit, ça peut aussi être une suite de petites réussites.

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