Au point du jour

Je reviens tout juste d’une randonnée très matinale en raquettes au Pic de la Tête de chien, sur les monts Valin. -32 degrés Celsius ressentis en bas de la montagne à 4h45, encore plus froid au sommet. Pas un temps pour ajuster son bronzage de plage. Néanmoins, si la montée est assez exigeante pour les jambes, le coup d’œil est un cadeau pour l’âme.

Avec la lueur de la lune, la lampe frontale était accessoire pour se diriger dans le sentier. Il n’y avait que moi, la neige et les arbres, plongés dans un silence absolu, dérangé seulement par le bruit de mes raquettes sur la neige. Probablement que quelques animaux curieux ont observé mon passage, sans se laisser repérer. Seul un petit lièvre s’est risqué à se montrer, passant en coup de vent devant moi.

Dans l’obscurité, l’avancée se fait presque magiquement. On ne voit que quelques mètres en avant. La montagne est devant avec toutes les difficultés qu’elle présentera, mais elle est aussi invisible. On peut presque l’ignorer et se faire croire à soi-même que la pente dans laquelle on se trouve est la dernière. Monter devient alors une simple suite de petites épreuves. Le sommet arrive comme une surprise que l’on aura cherchée sans jamais l’avoir vue venir.

Arrivé au sommet, j’ai éteint ma lampe et je me suis assis sur la neige. J’ai attendu l’aube, malgré le froid mordant. J’ai contemplé l’horizon alors que commençaient à se dessiner devant moi les formes des collines, les abords du Saguenay au loin. J’ai regardé le monde renaître devant mes yeux, comme j’aime tant le faire quand je pars en expédition. C’était ma façon de laisser s’éteindre un mois de janvier plutôt merdique à bien des égards, pour moi comme pour bien des gens que j’aime. Un mois où j’ai dû chanter aux funérailles d’un cousin, mort bien trop jeune. Un mois de transition professionnelle, avec tous les dilemmes que cela implique. Un mois où j’ai vu des gens souffrir sans rien pouvoir faire pour l’empêcher. Où j’ai aussi pu beaucoup admirer la force de caractère de certains et l’espoir, ou plutôt la conviction, qu’un mauvais moment, même terrible, n’est pas forcément garant de ceux qui le suivront. Sous le masque qui me protégeait du froid, j’ai souri en regardant la lumière envahir l’horizon.??????????

En redescendant, le monde semblait plus léger. La même piste, la même montagne, une lumière différente. Tout se trouve toujours dans l’œil de celui qui observe.

Pourquoi j’aime me lever avant le soleil? L’aube, c’est l’heure du renouveau. De tous les possibles. En quelques minutes, le ciel peut changer de couleur dix fois, avant de se draper de son bleu clair. C’est l’heure où les silhouettes inquiétantes reprennent leurs couleurs et leur place dans le spectre visible. C’est la preuve que la lumière surgit toujours après l’heure la plus sombre, à condition d’avoir assez de courage pour ouvrir les yeux.

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Une réponse à Au point du jour

  1. Sylvie Brassard dit :

    Merci , Paul de nous partager , ce moment extraordinaire avec un telle profondeur de l’âme ……xx

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