Une odyssée en mots

Je viens tout juste de finir le livre Dépasser l’horizon (éditions La Presse), qui raconte l’odyssée océanique de Mylène Paquette, tout fraîchement arrivé en librairie. Réflexions à chaud.

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Les 9 premiers chapitres, relatant les années passées entre la décision de se lancer et le départ officiel de la traversée, sont selon moi une lecture obligatoire pour toute personne cherchant à mieux comprendre la vraie nature des défis dont on entend souvent parler. Trop souvent, on se concentre sur l’accomplissement en tant que tel. Dans la vraie vie, l’exploit le plus grandiose, celui dont on ne connaît rien, est d’arriver à se rendre à la ligne de départ. C’est la partie où l’on est souvent le plus confronté à soi-même, aux autres, à ses propres limites, à l’incompréhension, les difficultés financières, la résistance, l’indifférence. L’idée y est le plus fragile. C’est le moment où l’on se sent seul à porter une chandelle au cœur d’un ouragan.

Par expérience, je pense pouvoir dire que même pour l’auteure, se replonger dans ces années pour les raconter, avoir à se remettre dans cet état d’esprit, n’ a pas dû être l’expérience la plus facile. C’est pourtant possiblement la plus enrichissante en tant que personne.

IMG_1009À l’ouverture du chapitre 10 (le départ d’Halifax), une photo a attiré mon attention. Le découpage particulier entre l’eau et le ciel fait sur cette fresque m’a rappelé de façon frappante le décor de la scène finale d’un de mes films préférés: The Truman Show, mettant en vedette Jim Carey.

Dans cette finale, Truman passe par-dessus sa terreur de la mer (qui lui a été induite par les producteurs de l’émission dont il est la vedette sans le savoir) et part à la voile pour sortir de son petit univers. Après avoir traversé une tempête d’une violence rare, la mer artificielle se calme et la proue du bateau entre en contact avec un mur. Truman a atteint la limite de l’univers qu’on lui a créé. Après une conversation au cours de laquelle le créateur de l’émission essaie de le convaincre que tout est mieux dans son petit monde créé sur mesure, le héros salue la foule, tourne le dos au connu et franchit une porte le menant vers un monde dont il rêve mais qu’il ne  connaît pas, expression ultime de son libre-arbitre.

Comme pour renforcer mon impression, Mylène raconte son état d’esprit quand ses escorteurs la quittent, peu après le départ d’Halifax. « J’essaie d’imprégner ma mémoire du plus de choses possible, de la moindre information que j’attrape à l’extérieur de mon bateau, partout autour. Comme si c’était mon dernier regard sur la terre, sur l’humanité. (…)J’observe l’univers qui m’entoure et je tente de marquer ma mémoire de chaque détail comme pour que tout persiste lorsqu’il n’y aura plus rien. »

Plus rien, qu’un univers connu appartenant au passé et un autre, inconnu, appartenant au futur. Faut-il avoir du courage pour oser tourner le dos à tout ce que l’on connaît pour se lancer à la conquête d’un horizon qui n’en finit plus… Car une fois que toute la préparation est faite, il faut encore un effort pour se convaincre de faire le premier pas et faire le deuil du passé. Puis, une fois le voyage terminé, accepter d’assumer la personne que le défi a fait de nous n’est pas une évidence non plus. Pour reprendre ses mots: « J’ai un deuil à faire, celui de moi-même, le moi d’avant. »

Ce livre décrit à merveille le prix du rêve et ses récompenses. Bien plus que tout bouquin de motivation dont les étagères de librairies sont envahies. L’odyssée de Mylène Paquette, c’est un peu une traversée de l’âme humaine. Les moments du plus pur émerveillement et ceux de terreur, d’angoisse. Le désir de voir plus loin, d’aller voir ce qu’il y a là où l’on n’aurait jamais osé poser son regard auparavant et d’en revenir, transformé.

Bref, à lire.

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