L’aventure au bout du chemin

C’est maintenant fait. Une autre idée de fou qui s’était transformée en projet est chose du passé. Je vous en fais un résumé éclair.

Phase 1: en kayak de Sainte-Rose-du-Nord jusqu’à Tadoussac (5-6 juillet)

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Premiers coups de pagaie

Debout à 2h30 dans la nuit du 4 au 5 juillet, je me suis rendu dans la noirceur totale au quai de Sainte-Rose-du-Nord (bonne heure pour éviter de payer leur ridicule taxe de mise à l’eau, remarquez bien…). J’ai donné les premiers coups de pagaie vers 4h15, alors que les premières lueurs du jour commençaient timidement à montrer le bout de leur nez. Encore une fois, en m’engageant sur le chemin de l’inconnu, j’ai vécu ce mélange aigre-doux d’angoisse et d’excitation. La maison est derrière et le monde est devant. Le chemin de retour passe par l’aventure à l’état pur. Je suis prêt.

Journée superbe pour le kayak, légers vents de dos, qui m’auront permis de compléter ma première étape de 46km vers midi trente, après de nombreuses pauses dans les plus beaux coins du fjord. Le lendemain, debout à 4h à l’anse à Tidée. Les 30km me séparant de Tadoussac ont été faits rapidement, ponctués entre autres d’une rencontre imprévue avec un groupe de bélugas, dont quelques individus sont venus me rendre visite de très près.

Phase 2: à vélo entre Tadoussac et Natashquan (6 au 12 juillet)

Arrivé à 9h30 en kayak, je suis reparti à vélo vers 11h30, les jambes en compote d’avoir été assis trop longtemps. Après quelques mètres, je réalisais déjà que je m’étais embarqué dans une aventure disproportionnée. 800km de vélo à ma première saison? Personne ne pourra me dire que je manque d’enthousiasme, c’est certain.

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Arrêt à Pointe-des-Monts

Sous une chaleur écrasante, j’ai roulé jusqu’à Portneuf-sur-Mer. Là-bas, j’ai pris conscience qu’encore une fois, il me suffisait de prendre l’ensemble du voyage comme une infinité de petits déplacements. Oublier Natashquan, c’est trop loin. Le lendemain, j’étais donc en expédition jusqu’à Baie-Comeau. Puis Pointe-des-Monts; Sept-Îles; Rivière-au-Tonnerre; Havre-Saint-Pierre; Natashquan. Je ne fais pas une grande étape de vélo. J’en fais 7 de taille respectable. Rien qu’on ne puisse réaliser avec un minimum de volonté.

Au quai de Havre-Saint-Pierre

Au quai de Havre-Saint-Pierre

Quand-même, je suis arrivé à Natashquan le 12 juillet en début d’après-midi, les cuisses en bon état mais le derrière et les genoux amochés. En arrivant devant la plage et l’échouerie, j’ai jeté un coup d’oeil à la mer. Demain, direction la Basse-Côte-Nord. 2 semaines de kayak restent encore au programme. Je les ferai avec mon ami Olivier, qui vient d’arriver au village.

Phase 3: en kayak de Natashquan jusqu’à Tête-à-la-Baleine (13 au 25 juillet)

À l’eau vers 7h30, nous sommes partis vers la Basse-Côte. Fidèles à notre habitude, Olivier et moi ne manquions pas une occasion de créer une obstination stérile sur tout sujet disponible, préférablement ceux qui ne sont aucunement pertinents. C’est en quelque sorte notre rituel. J’avoue que ça me manquait, depuis le temps 🙂

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Le macareux moine est un oiseau superbe et très sociable (photo prise sans zoom, à quelques pieds du kayak)

La première journée était interminable, avec une plage de 30km à longer sans discontinuité. Heureusement, deux petits rorquals sont venus nous divertir, accompagnés par un lot de phoques et d’immenses groupes d’oiseaux marins qui passaient au-dessus des kayaks. Nous avons dressé le camp à la fin des plages, prêts à commencer l’aventure dans les rochers sortant du golfe le lendemain matin.

En une semaine, nous avons pagayé environ 200km, entourés de petits rorquals, marsouins, phoques et macareux. Les mouches noires, en quantité phénoménale, nous ont fait vivre bien des frustrations. De nombreuses rencontres dans les villages sont venues nous sortir de notre isolement. À dormir sur des îles de mousse et de roche tous les soirs, on en perd la notion de vie sociale.

Notre campement sur l'île Harrington

Notre campement sur l’île Harrington

La seconde semaine, les conditions se sont détériorées. Une journée perdue à Chevery pour cause de tempête. Le lendemain, nous avons décidé (stupidement) de poursuivre vers Harrington Harbour, que nous avons finalement rejoint épuisés, après une traversée homérique dans des vagues pyramidales de 2 à 3 mètres. Les tempêtes nous y ont d’ailleurs gardés 4 autres journées, campés à l’extrémité est de l’île, dans un endroit humide, couvert de déchets et de débris de chasse au phoque. Si nos corps avaient bien besoin du repos, ce fut une épreuve sur le plan personnel.

Le cinquième jour, le vent tombé, nous avons décidé de partir malgré l’épais brouillard. Cartes en mains, nous avons traversé vers le continent en suivant nos compas. Une fois de l’autre côté, la visibilité est revenue et nous avons pu suivre une immense baie jusqu’à Tête-à-la-Baleine, où les gens nous ont accueillis jusqu’à l’arrivée du bateau de retour, le lendemain soir. Les tempêtes nous ont empêchés de rallier Blanc-Sablon, mais les apprentissages sont réalisés. Nous avons gagné.

Une autre idée

Comme plusieurs personnes me demandent quand je vais réécrire un livre sur mes expéditions, j’aimerais vous soumettre une idée.  Plutôt que de faire comme dans Le Langage de l’eau et parler chronologiquement d’une seule expédition, je songe à faire un livre parlant de façon plus anecdotique et disparate de mes trois dernières aventures (Montréal à Chicoutimi en kayak en 2011; les Rocheuses en 2012; Sainte-Rose-du-Nord à Tête-à-la-Baleine en 2013). Qu’en diriez-vous?

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Une réponse à L’aventure au bout du chemin

  1. Avec ton bagage d’anecdotes et d’images, t’aurais de quoi faire comme le Livre Secret des Fourmis de Werber: Une lettre alphabétique commence une anecdote (donc ça n’en demande que 26 🙂 ). Mais au lieu de fourmis, tu intègres tes réflexions de vécus en expé, des commentaires importants recueillis durant tes trajets sur les sites visités, les conditions et épreuves rencontrées. ça te prendrait un illustrateur de paysages, quelqu’un qui sait dessiner des kayaks :-). Mais de transmettre ce que tu as pu expérimenter, c’est important, intéressant! Ce ne serait pas un manuel technique, mais un manuel de vécu. Tu sais comment te donner une destination, et te donner les moyens pour t’y rendre. Je suis preneur! Salut!

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